L’Anti-héros en Littérature de jeunesse

L’appréhension de la notion de « héros » et de « héroïne », quoique ce terme soit plus tardif, est relativement claire. En effet, le héros est un homme, ou une femme, de grande valeur, un demi-dieu, il est au-dessus du commun par son attitude, ses exploits, ses aventures extraordinaires, les épreuves qu’il réussit. Il est donc porteur des valeurs positives qu’il diffuse autour de lui. C’est Ivanhoë, Jean de Calais, Tintin, Michel Strogoff, Martine, Becassine, Alice, Cendrillon…Mais qu’en est-il de l’Anti-héros, terme relativement récent puisqu’il est daté de 1940 par Le Robert ? L’usage qui s’est répandu en fait une espèce de fourre-tout ; il est ce que n’est pas le héros, le méchant, le traître, le lâche, le porteur des valeurs négatives, certes, mais il est aussi le héros involontaire ou le héros ordinaire pour ne pas hésiter devant un tel oxymore.

Vladimir Propp, lorsqu’il répartit les fonctions sur les personnages pour en faire des sphères d’action constantes dans le conte, pose celle du héros en distinguant le héros-quêteur du héros-victime. Puis il pose celle de l’agresseur caractérisé par ses méfaits et sa lutte contre le héros, ce serait notre anti-héros dans sa forme la plus pure : le loup, l’ogre, la sorcière, Cruella, Taras Boulba, la femme Thénardier, Ganelon, Madame Lepic. Et enfin celle du faux héros, lequel se caractérise par la quête (concurrente de celle du héros) et ses « prétentions mensongères » puisqu’il se fait passer pour le héros qu’il n’est pas. Ce qui donne dans la répartition des personnages une forte proportion de porteurs de valeurs négatives : 3/7 des sphères d’action. Le héros serait alors caractérisé par des connotations euphoriques moralisantes, alors que le traître le serait par des connotations dysphoriques. L’anti-héros perturbe l’ordre social que le héros rétablit, dans son expression la plus simple. Mais cela est-il aussi simple ?

Cette journée d’étude a pour objectif l’exploration des diverses formes que prend l’Anti-héros à travers les genres de la Littérature pour jeune public : albums, romans, bandes dessinées, contes, etc., mais implique aussi une réflexion tentant de préciser la notion en soi,  ainsi que son rôle dans les univers sémantique et axiologique propres à cette littérature.

Cette journée d’étude fait partie des nombreux événements organisés par Bochra Charnay et Therry Charnay sur le thème de la littérature de jeunesse, membres de la communauté LIJOS.